La Bibliothèque des futurs est un lieu d’interprétation continue, un chantier qui produit des fictions, des analyses, des propositions d’action. Ça écrit, ça lit, ça relie, ça agit. Et se constitue une communauté ouverte d’écrivaines, d’écrivains et d’interprètes.
Roland Jean FICHET
Qu’est-ce que La Bibliothèque Des Futurs ?
Edito
Dans la parabole Devant la loi de Franz Kafka, publiée en 1920, un gardien se tient devant la porte de la loi. Un homme de la campagne se présente, il désire entrer dans la loi. « C’est possible, répond le gardien, mais pas maintenant. » La porte de la loi étant toujours ouverte, l’homme décide d’attendre l’autorisation d’entrer bien que le gardien lui ait dit : « Si cela t’attire tant, essaie donc d’entrer malgré mon interdiction. » L’homme reste assis là, près de la porte, des jours, des années.
Devenu vieux, il pose au gardien une dernière question : « Comment se fait-il que pendant toutes ces années, personne d’autre que moi n’ait demandé à entrer ? »
Le gardien lui hurle : « Personne d’autre ne pouvait être admis ici, car cette entrée n’était destinée qu’à toi seul. »
Devenu vieux, il pose au gardien une dernière question : « Comment se fait-il que pendant toutes ces années, personne d’autre que moi n’ait demandé à entrer ? »
Le gardien lui hurle : « Personne d’autre ne pouvait être admis ici, car cette entrée n’était destinée qu’à toi seul. »
Ça fait mal.
Dans le mur du futur y a-t-il une porte ouverte qui m’est réservée, une ouverture bien visible devant laquelle je me tiens…et qu’il m’appartient de franchir ou pas ? Si je ne franchis pas cette porte, elle ne sera jamais franchie par personne. C’est une pensée qui donne le vertige.
Dans les assemblées BDF, nous arpentons cette zone : la zone devant la porte ouverte. On pourrait la nommer la zone de la décision, la zone où on fait l’expérience de la décision : la zone du repérage des portes, des issues, des seuils possiblement franchissables. C’est la mince bande de territoire concédée à l’élaboration de la décision. On s’y prépare à agir ou à ne pas agir. L’élaboration de la décision se joue sur toute une série de plans, d’agencements subtils. L’un d’entre eux est justement la littérature, la poésie. Dans la nouvelle de Kafka et
dans celle de Sylvain Prudhomme – La mer, j’avais dit sans hésiter – le héros de l’histoire se tient sur le tranchant de la frontière, sur la brèche du présent, point de jonction de forces puissantes.
dans celle de Sylvain Prudhomme – La mer, j’avais dit sans hésiter – le héros de l’histoire se tient sur le tranchant de la frontière, sur la brèche du présent, point de jonction de forces puissantes.
Nous nous tenons nous aussi écrivaines, écrivains, interprètes, arpenteurs de la zone de la décision, devant la porte ouverte. Et c’est une scène où chacun teste ses intuitions, interroge son expérience, déplie sa vision. Nous entendons le fantôme de Hamlet murmurer à notre oreille: creuse, vielle taupe !
Roland Jean FICHET






































